Mythologie grecque · Héros & mortels

Pénélope, épouse d'Ulysse et reine d'Ithaque

Pénélope dans l'Odyssée : la ruse du linceul comme manœuvre politique, l'épreuve du lit, et les traditions qui la font mère de Pan.

Pénélope dans l'art classique
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Pénélope est l’épouse d’Ulysse et la mère de Télémaque. La postérité en a fait une allégorie de la fidélité conjugale, ce qui revient à ne retenir d’elle que l’attente. L’Odyssée met en scène autre chose : une reine qui gère seule, pendant vingt ans, une crise de succession, et qui soumet son mari à un interrogatoire avant de le reconnaître.

Le linceul : une manœuvre politique

Pénélope annonce aux prétendants qu’elle choisira un nouvel époux dès qu’elle aura achevé le linceul destiné à Laërte, son beau-père. Elle tisse le jour et défait son ouvrage la nuit. Le stratagème tient trois ans, jusqu’à ce qu’une servante la dénonce.

Le prétexte est imparable parce qu’il est pieux : on ne peut pas reprocher à une bru de vouloir ensevelir décemment le père de son mari. Mais le calcul, lui, n’a rien de sentimental. Ithaque n’a plus de roi adulte, et quiconque épouse la reine prend le trône ; chaque année gagnée est une année de plus pour que Télémaque atteigne l’âge de revendiquer l’héritage lui-même. Le tissage n’est pas une occupation de femme délaissée. C’est une manœuvre dilatoire dans un conflit dynastique.

Le procédé est d’ailleurs le pendant exact de ceux d’Ulysse : elle aussi gagne du temps par la parole, l’apparence et la patience, plutôt que par la force dont elle ne dispose pas.

L’épreuve du lit

Une fois les prétendants massacrés, Ulysse se présente devant elle lavé, vêtu, et reconnu par leur fils. Elle ne dit rien. Télémaque lui reproche d’avoir le cœur dur.

Elle ordonne alors aux servantes de sortir le lit conjugal de la chambre pour y coucher l’étranger. Ulysse s’emporte : ce lit ne peut pas être déplacé, puisqu’il l’a taillé lui-même autour du tronc vivant d’un olivier encore enraciné dans le sol — et que personne au monde ne le sait, hormis eux deux.

Elle vient de lui faire ce qu’il fait à tous les autres personnages du poème : tendre un piège au moyen d’un énoncé faux et regarder qui s’y jette. Le héros de l’Odyssée n’est finalement identifié ni par sa cicatrice, ni par son arc, ni par son nom, mais parce qu’il perd son sang-froid sous l’interrogatoire de sa femme. Alors seulement elle l’accepte.

Une autre Pénélope, beaucoup moins fidèle

Les traditions post-homériques ne l’ont pas ménagée, et il vaut la peine de savoir qu’elles existent.

Hérodote rapporte, sans y adhérer, que les Grecs faisaient de Pan le fils de Pénélope et d’Hermès. Apollodore connaît une version plus brutale encore, où Pan naît de Pénélope et de tous les prétendants — le nom du dieu étant compris, par étymologie populaire, comme « celui de tous ». D’autres récits font renvoyer Pénélope par Ulysse à son retour, pour inconduite, jusqu’à son père Icarios.

Ces variantes n’ont aucune autorité homérique et se lisent surtout comme des gloses hostiles, produites par des cités rivales ou par une tradition satirique. Elles sont pourtant instructives : la fidélité de Pénélope n’allait pas de soi pour les Grecs eux-mêmes, et c’est l’Odyssée qui a imposé, contre d’autres récits disponibles, la version où elle tient.

Ce que la littérature en a fait

Ovide ouvre ses Héroïdes par une lettre de Pénélope à Ulysse, qui invente pour la littérature européenne la voix de la femme qui attend et qui écrit. De là vient toute une lignée — jusqu’aux réécritures contemporaines qui rendent la parole aux servantes pendues au dernier chant, dont l’Odyssée expédie la mise à mort en quelques vers.

C’est peut-être le meilleur indice de la richesse du personnage : chaque époque y a trouvé une question différente, et aucune n’a épuisé le silence qu’Homère lui laisse.

Sources antiques

  • Homère, Odyssée, II, 93-110 ; XIX, 535-581 ; XXIII, 173-230
  • Hérodote, Histoires, II, 145
  • Apollodore, Épitomé, VII, 38
  • Ovide, Héroïdes, I

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Questions fréquentes

Pourquoi Pénélope tisse-t-elle puis défait son ouvrage ?

Elle annonce aux prétendants qu'elle choisira un époux dès qu'elle aura achevé le linceul de son beau-père Laërte, et défait la nuit ce qu'elle a tissé le jour. Le prétexte est imparable parce qu'il est pieux. Mais le calcul n'a rien de sentimental : quiconque épouse la reine prend le trône, et chaque année gagnée rapproche Télémaque de l'âge de revendiquer l'héritage. C'est une manœuvre dilatoire dans un conflit dynastique.

Pénélope a-t-elle toujours été fidèle dans la tradition ?

Pas dans toutes les sources. Hérodote rapporte, sans y adhérer, que les Grecs faisaient de Pan le fils de Pénélope et d'Hermès ; Apollodore connaît une version plus brutale où Pan naît d'elle et de tous les prétendants. D'autres récits la font répudier par Ulysse à son retour. Ces variantes n'ont aucune autorité homérique, mais elles montrent que sa fidélité n'allait pas de soi pour les Grecs eux-mêmes.