Mythologie grecque · Héros & mortels
Laërte, père d'Ulysse et vieux roi d'Ithaque
Laërte dans l'Odyssée : le roi qui s'est retiré à la campagne, l'énumération des arbres du verger, et la cruauté discutée de la reconnaissance.
Laërte est le père d’Ulysse et l’ancien roi d’Ithaque. Il n’apparaît que dans une poignée de scènes, mais la dernière contient l’une des reconnaissances les plus discutées de toute la poésie grecque — et la plus dérangeante.
Un roi qui a cessé de l’être
Homère ne dit jamais que Laërte a été déposé. Il s’est retiré. Son fils absent depuis vingt ans, son petit-fils trop jeune pour régner, le vieil homme a laissé la ville aux prétendants et gagné la campagne, où il travaille lui-même sa vigne.
C’est là qu’Anticlée, la mère d’Ulysse, est morte. Son ombre le lui dira aux Enfers, au chant XI : ce n’est ni la maladie ni la vieillesse qui l’a emportée, mais le regret de son fils. Le vieux roi est resté seul.
Au chant XXIV, Homère le décrit sans ménagement : une tunique rapiécée, des jambières de cuir cousues contre les ronces, un bonnet de peau de chèvre, et l’hiver un sommeil dans la cendre du foyer, parmi les serviteurs. Le portrait est délibérément dépourvu de dignité. Il montre ce que coûte, à l’homme qui l’occupait, un trône laissé vacant.
De qui Ulysse est-il le fils ?
Homère est constant : Ulysse est le fils de Laërte et d’Anticlée. Une tradition concurrente, vivante dès le Ve siècle et employée par Sophocle chaque fois qu’un personnage veut insulter le héros, lui donne pour père véritable Sisyphe, qui aurait séduit Anticlée avant son mariage, au cours d’un concours d’escroquerie avec le père de celle-ci, Autolycos.
Cette variante existe parce qu’elle est commode : elle fait descendre Ulysse du plus grand menteur de la mythologie grecque et transforme son intelligence en héritage. L’arbre de ce site suit Homère — d’abord parce que l’Odyssée est la source première, ensuite parce que les scènes de reconnaissance n’ont de sens que si Laërte est réellement son père.
L’épreuve de trop
Ulysse se rend au domaine après le massacre des prétendants et trouve le vieillard seul, en train de bêcher au pied d’un plant. Et là, alors que tout est fini, il lui ment.
Il se présente comme un étranger qui aurait autrefois reçu Ulysse chez lui, et regarde son père prendre à deux mains la poussière du sol pour la répandre sur ses cheveux gris, en sanglotant. Alors seulement il se nomme.
Cette scène est l’un des points les plus débattus de l’Odyssée, et elle l’était déjà dans l’Antiquité. Pourquoi mentir ? Le héros n’a plus rien à vérifier : les prétendants sont morts, Laërte est seul et sans force, la prudence n’a plus d’objet. Certains commentateurs y voient une habitude devenue incontrôlable, l’homme aux mille tours incapable de dire simplement qui il est. D’autres y lisent la dernière hésitation d’un fils qui a peur de ne pas être reconnu. D’autres encore tiennent le passage pour un ajout maladroit, tardif, indigne du poème. Aucune lecture n’est décisive, et c’est justement ce qui rend Laërte intéressant : il oblige à juger Ulysse.
Les arbres du verger
Laërte demande une preuve. Ulysse montre la cicatrice, puis donne beaucoup mieux.
Il récite le verger : les arbres que son père lui a donnés quand il était petit et le suivait dans le jardin en réclamant chacun par son nom — treize poiriers, dix pommiers, quarante figuiers, et cinquante rangs de vignes mûrissant à des saisons différentes. L’enfant les avait comptés. L’homme a gardé le compte pendant cinquante ans.
L’Odyssée identifie son héros trois fois, et chaque preuve correspond à une part de lui. La cicatrice, c’est son corps, et sa vieille nourrice la connaît. Le lit, c’est son mariage, et seule sa femme le connaît. Les arbres, c’est son enfance et son héritage, et seul son père peut les reconnaître.
Le dernier combat
Athéna rend au vieil homme, pour un après-midi, sa taille et sa vigueur. Quand les parents des prétendants viennent réclamer vengeance, c’est Laërte qui lance le premier javelot de l’affrontement et qui abat leur chef.
Trois générations se retrouvent alors alignées en armes — Laërte, Ulysse, Télémaque — avant qu’Athéna n’impose la paix. C’est l’image sur laquelle le poème se referme, et Homère en confie le premier geste au plus vieux des trois.
Sources antiques
- Homère, Odyssée, XI, 187-196 ; XXIV, 205-360
- Apollodore, Bibliothèque, I, 9
- Sophocle, Philoctète et Ajax, pour la tradition sisyphienne
- Homère, Odyssée, XXIV, 205-360
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Questions fréquentes
Pourquoi Ulysse ment-il à son propre père ?
C'est l'un des points les plus débattus de l'Odyssée, et il l'était déjà dans l'Antiquité. Tout est fini, les prétendants sont morts, la prudence n'a plus d'objet — et Ulysse se présente pourtant comme un étranger, puis regarde son père répandre de la poussière sur ses cheveux gris. Certains y voient une habitude devenue incontrôlable, d'autres la peur de n'être pas reconnu, d'autres un ajout tardif. Aucune lecture n'est décisive.
Comment Laërte reconnaît-il Ulysse ?
Par le verger. Ulysse récite les arbres que son père lui a donnés quand il était enfant et le suivait dans le jardin : treize poiriers, dix pommiers, quarante figuiers, cinquante rangs de vignes. L'enfant les avait comptés, l'homme a gardé le compte cinquante ans. L'Odyssée identifie son héros trois fois — la cicatrice pour le corps, le lit pour le mariage, les arbres pour l'enfance et l'héritage.