Mythologie grecque · Héros & mortels

Télémaque, fils d'Ulysse et prince d'Ithaque

Télémaque dans l'Odyssée : les quatre chants de son apprentissage, l'embuscade des prétendants, et la fortune française du Mentor de Fénelon.

Télémaque dans l'art classique
Anna16 — via Wikimedia Commons · CC BY-SA · Image adaptée : redimensionnement, composition sur fond flouté, désaturation, teinte colorée et conversion WebP · Source

Télémaque est le fils d’Ulysse et de Pénélope. Nourrisson au départ de son père pour Troie, il a une vingtaine d’années lorsque s’ouvre l’Odyssée — et le poème fait un choix remarquable : il ne commence pas par son héros, mais par son fils.

Quatre chants avant Ulysse

Les chants I à IV, que l’on appelle la Télémachie, décrivent une Ithaque sans autorité. Les prétendants dévorent le domaine, l’assemblée du peuple ne s’est pas réunie depuis vingt ans, et l’héritier est un jeune homme que personne n’écoute.

Athéna arrive sous les traits d’un ami de la maison et fait mieux que se battre à sa place : elle lui ordonne de convoquer l’assemblée, d’y prendre la parole, et d’aller chercher des nouvelles.

Il exécute les trois, et maladroitement. Son discours à l’assemblée s’achève en larmes et n’obtient rien sur le plan des procédures. Mais il s’est levé en public et a énoncé une revendication — et la réaction des prétendants, immédiate et meurtrière, montre qu’ils ont parfaitement compris ce que cela signifiait.

Il navigue ensuite vers Pylos et Sparte pour interroger Nestor et Ménélas. Il n’en rapporte aucune preuve que son père vive. Ce qu’il gagne est d’un autre ordre : il est reçu comme hôte par deux maisons royales, reçoit des présents qui créent une obligation réciproque, et se voit traité en fils d’Ulysse plutôt qu’en gêneur.

L’embuscade

Les prétendants, qui ont mesuré la menace, postent un navire dans le détroit entre Ithaque et Samé pour le tuer au retour. Athéna l’avertit et lui fait contourner le piège.

Le détail tranche une question que le poème laisse longtemps ouverte. Les prétendants ne sont pas seulement des convives insolents : ils sont prêts à assassiner l’héritier pour verrouiller la succession. Le massacre final, que les lecteurs modernes trouvent souvent disproportionné, répond chez Homère à une tentative de meurtre.

Le fils qui doute

De retour à Ithaque, Télémaque retrouve son père dans la cabane du porcher Eumée, quand Athéna dissipe un instant l’apparence du mendiant. Sa première réaction est le refus d’y croire : il suppose qu’un dieu le trompe — exactement la prudence que sa mère manifestera plus tard.

Dans la bataille de la grande salle, il combat aux côtés d’Ulysse, tue sa part de prétendants, et commet une faute sérieuse en laissant ouverte la porte de la réserve d’armes, ce qui permet aux assiégés de s’équiper. Homère ne l’excuse pas et ne s’y attarde pas. Le dernier chant réunit trois générations en armes lorsque Laërte rejoint son fils et son petit-fils.

Le Mentor de Fénelon

Télémaque doit à la France une seconde vie, et la langue française lui doit un mot.

En 1699, Fénelon, précepteur du duc de Bourgogne, petit-fils de Louis XIV, publie Les Aventures de Télémaque. Le livre invente les voyages que l’Odyssée ne raconte pas et met dans la bouche du guide du jeune prince — Mentor, nom sous lequel Athéna se dissimule chez Homère — une longue leçon sur le gouvernement : condamnation de la guerre de conquête, du luxe de cour, et des rois qui confondent l’État avec eux-mêmes.

Louis XIV y reconnut une critique de son règne et disgracia Fénelon. Le livre n’en devint pas moins l’un des plus lus d’Europe au XVIIIe siècle, et c’est par lui que le nom propre Mentor est devenu le nom commun mentor. Un personnage secondaire de l’Odyssée, dont Homère fait à peine un rôle parlant, a ainsi fourni au français le mot qui désigne le maître dont on se souvient.

Sources antiques

  • Homère, Odyssée, I-IV et XV-XXIV
  • Apollodore, Épitomé, VII, 36-37

À lire aussi

Questions fréquentes

D'où vient le mot « mentor » ?

De ce mythe, par un détour français. Chez Homère, Athéna prend les traits de Mentor, ami de la maison, pour conseiller Télémaque. En 1699, Fénelon, précepteur du duc de Bourgogne, publie Les Aventures de Télémaque, où ce guide dispense une longue leçon sur le gouvernement. Le livre devint l'un des plus lus d'Europe au XVIIIe siècle, et c'est par lui que le nom propre est devenu nom commun.

Pourquoi l'Odyssée commence-t-elle par Télémaque ?

Les quatre premiers chants, la Télémachie, montrent une Ithaque sans autorité : l'assemblée ne s'est pas réunie depuis vingt ans et l'héritier est un jeune homme que personne n'écoute. Athéna lui fait convoquer l'assemblée, y prendre la parole et partir aux nouvelles. Il échoue sur la procédure mais réussit sur le fond : il a énoncé publiquement une revendication, et la réaction meurtrière des prétendants montre qu'ils l'ont compris.