Mythologie grecque · Dieux & déesses

Phorkys, dieu des périls marins dans la mythologie grecque

Phorkys, vieillard de la mer : le port d'Ithaque qui porte son nom, le grand-père de Polyphème, et le père de presque tous les monstres grecs.

Phorkys dans l'art classique
Dennis G. Jarvis — via Wikimedia Commons · CC BY-SA · Image adaptée : redimensionnement, composition sur fond flouté, désaturation, teinte colorée et conversion WebP · Source

Phorkys est un dieu marin primordial dont Homère fait, presque distraitement, le propriétaire d’un port d’Ithaque. C’est par là qu’il vaut mieux l’aborder : avant d’être le géniteur des monstres, il est un nom de lieu.

Le port de Phorkys

Au chant XIII de l’Odyssée, les Phéaciens déposent Ulysse endormi sur le rivage de son île, avec ses trésors. Homère décrit l’endroit avec une précision de portulan : une crique abritée entre deux promontoires escarpés, où les navires peuvent mouiller sans amarres, une grotte des Nymphes remplie de cratères de pierre et de métiers à tisser, et un olivier à l’entrée.

Ce mouillage s’appelle le port de Phorkys, le vieillard de la mer. C’est la première terre ithacienne que touche le héros après vingt ans, et elle porte le nom du dieu qui a engendré les Gorgones — sans que le poème le commente, parce qu’il n’y a rien à commenter : les caps et les criques appartenaient à des divinités marines archaïques dont plus personne ne racontait les histoires.

Homère en fait aussi le père de la nymphe Thoosa, qui donnera Polyphème à Poséidon. Le Cyclope qu’Ulysse aveugle est donc son petit-fils, et le héros débarque chez lui sur une plage qui porte le nom du grand-père de sa victime.

Un type de divinité

Phorkys relève d’une catégorie précise. Pontos, la mer elle-même, engendre de Gaïa une série de puissances marines anciennes — Nérée, Thaumas, Phorkys, Céto, Eurybie — qui partagent les mêmes traits : vieilles et non jeunes, prophétiques, capables de changer de forme, antérieures aux Olympiens sans jamais les affronter.

Ce sont les « vieillards de la mer », et leur rapport au monde n’est pas celui des dieux du panthéon. On ne leur adresse pas de prière : on les saisit et on les maintient de force pour leur arracher un savoir, comme Ménélas fait de Protée et Pélée de Thétis. Ils appartiennent à une couche religieuse plus ancienne que l’Olympe et qui ne s’y est jamais tout à fait dissoute.

Le catalogue

De sa sœur Céto, Phorkys engendre l’essentiel de la tératologie grecque. Hésiode énumère :

Les Grées, grises dès la naissance, se partageant un œil et une dent, que Persée détroussera pour leur extorquer sa route.

Les Gorgones — Sthéno, Euryale et Méduse —, dont la dernière seule est mortelle, ce qui est l’unique raison pour laquelle l’exploit de Persée est possible.

Échidna, qui s’unira à Typhon pour produire Cerbère, l’Hydre, la Chimère et le Sphinx.

Et Ladon, le serpent aux cent têtes enroulé autour des pommes des Hespérides.

Certaines traditions y ajoutent Scylla et les Sirènes, ce qui explique le rattachement retenu par l’arbre de ce site.

Pourquoi la mer

Que l’on additionne cette descendance et celle d’Échidna : on obtient à peu près l’inventaire complet des monstres grecs, et presque chaque grand travail héroïque consiste à affronter un membre de cette maison.

Le placement est délibéré. La cosmologie grecque relègue l’informe et l’hostile au fond de la mer et aux confins de la carte — c’est-à-dire là où le commerce et la colonisation n’ont pas encore imposé de noms. Phorkys, lui, ne fait rien : il ne combat personne, n’est puni de rien, ne reçoit aucun culte notable. Sa fonction entière est d’être l’endroit d’où les monstres viennent, ce qui en fait l’un des noms porteurs de l’architecture hésiodique, et l’un des plus invisibles.

Sources antiques

  • Hésiode, Théogonie, v. 233-239, 270-336
  • Homère, Odyssée, I, 71-73 ; XIII, 96-112
  • Apollodore, Bibliothèque, I, 2, 6 et II, 4, 2
  • Apollonios de Rhodes, Argonautiques, IV

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Questions fréquentes

Qu'est-ce qu'un « vieillard de la mer » ?

Une catégorie précise de divinités. Pontos engendre de Gaïa une série de puissances marines anciennes — Nérée, Thaumas, Phorkys, Céto, Eurybie — vieilles et non jeunes, prophétiques, capables de changer de forme, antérieures aux Olympiens sans jamais les affronter. On ne leur adresse pas de prière : on les saisit et on les maintient de force pour leur arracher un savoir, comme Ménélas fait de Protée et Pélée de Thétis.

Pourquoi un port d'Ithaque porte-t-il son nom ?

Parce que les caps et les criques appartenaient à des divinités marines archaïques dont plus personne ne racontait les histoires. Au chant XIII de l'Odyssée, les Phéaciens déposent Ulysse endormi dans le port de Phorkys — la première terre ithacienne qu'il touche après vingt ans. Homère fait par ailleurs de lui le grand-père de Polyphème, par la nymphe Thoosa : le héros débarque donc sur une plage portant le nom de l'aïeul de sa victime.