Mythologie grecque · Créatures
Échidna, mère des monstres dans la mythologie grecque
Échidna, mère des monstres : un catalogue qui n'arrête pas de grossir, une adresse introuvable, et l'animal que Cuvier a baptisé de son nom.
Échidna est la mère de presque tous les monstres de la mythologie grecque. Fille de Phorkys et de Céto, compagne de Typhon, elle habite une caverne au bout du monde et n’en sort jamais. Sa fiche est moins l’histoire d’un personnage que celle d’un classement : celui par lequel les Grecs ont fini par ranger tous leurs monstres dans une seule famille.
Une liste qui n’arrête pas de grossir
Hésiode lui attribue quatre enfants, et quatre seulement : Cerbère, l’Hydre de Lerne, la Chimère et le Sphinx.
Puis la liste enfle. Les mythographes postérieurs y versent le lion de Némée, Ladon, le dragon de Colchide, l’aigle du Caucase, la truie de Crommyon, parfois Scylla — jusqu’à ce qu’Échidna devienne la mère de tout ce qu’un héros doit abattre.
Ce gonflement mérite d’être regardé comme un procédé, et non comme une tradition. Aucun récit nouveau n’est inventé : ce sont d’anciens monstres, jusque-là orphelins, que l’on raccroche à une généalogie disponible. Le phénomène est général dans la mythographie tardive, et Échidna en est le cas le plus spectaculaire. Elle grandit parce qu’un catalogue, une fois ouvert, attire tout ce qui traîne.
La description d’Hésiode
Le texte fondateur est d’une précision troublante sur la jointure des deux moitiés. En haut, une nymphe aux yeux vifs et aux belles joues ; en bas, un serpent énorme et terrible, nourri de chair crue, tacheté. Elle n’est ni une femme qui devient serpent, ni un serpent qui prend figure humaine : les deux corps coexistent en permanence, sans transformation possible.
Hésiode la dit en outre immortelle et sans vieillesse, ce qui contredit frontalement la tradition qui la fait tuer par Argos Panoptès — le bouvier aux yeux innombrables, qui ne les fermait jamais tous et la surprit endormie. La Théogonie privilégie ici la cohérence du catalogue sur celle du récit, et c’est un bon rappel de ce qu’elle est : un système de classement versifié, pas un roman.
Une adresse introuvable
Elle vit sous terre, chez les Arimes, lieu qu’Homère mentionne aussi à propos de Typhon.
Personne dans l’Antiquité n’a su dire où c’était. Strabon récapitule les hypothèses et les rejette tour à tour : Cilicie, Lydie, Mysie, Syrie, ou les champs volcaniques de Campanie autour de Cumes — cette dernière ayant l’avantage de placer la mère des monstres à côté du volcan sous lequel Zeus a enseveli son compagnon.
L’indétermination est le propos. Échidna est classée aux confins de la carte, dans la portion que le commerce et la colonisation n’ont pas domestiquée. La géographie des monstres grecs est celle de l’inconnu résiduel.
Un animal porte son nom
La postérité la plus inattendue est zoologique. Quand les naturalistes européens reçoivent, à la fin du XVIIIe siècle, les premiers spécimens d’un mammifère australien couvert de piquants qui pond des œufs tout en allaitant ses petits, la classification vacille.
L’espèce est décrite en 1792 par George Shaw. C’est Georges Cuvier qui lui applique en 1797 le nom d’échidné, précisément parce que l’animal semblait tenir du mammifère et du reptile à la fois — un être hybride que les catégories existantes n’arrivaient pas à couper en deux. Deux mille cinq cents ans après Hésiode, le nom de la femme-serpent a servi à nommer le problème même qu’elle incarnait : ce qui appartient simultanément à deux règnes.
Sources antiques
- Hésiode, Théogonie, v. 295-332
- Apollodore, Bibliothèque, II, 1, 2
- Homère, Iliade, II, 783
- Strabon, Géographie, XIII, 4, 6
- Hygin, Fables, préface et 151
À lire aussi
Fiches liées
- Phorkys, dieu des périls marins dans la mythologie grecque
- Céto, déesse marine et mère des Gorgones dans la mythologie grecque
- Cerbère, le gardien des Enfers dans la mythologie grecque
- L'Hydre de Lerne, le serpent à neuf têtes d'Héraclès
- La Chimère, monstre hybride cracheur de feu
- Le Sphinx, la créature à l'énigme fatale dans la mythologie grecque
- Typhon, le monstre qui défia Zeus dans la mythologie grecque
Récits où l’on retrouve cette entité
Questions fréquentes
Pourquoi la descendance d'Échidna ne cesse-t-elle de grandir ?
Parce qu'un catalogue, une fois ouvert, attire tout ce qui traîne. Hésiode lui attribue quatre enfants : Cerbère, l'Hydre, la Chimère et le Sphinx. Les mythographes postérieurs y versent le lion de Némée, Ladon, le dragon de Colchide, l'aigle du Caucase, parfois Scylla. Aucun récit nouveau n'est inventé : ce sont d'anciens monstres orphelins que l'on raccroche à une généalogie disponible.
Un animal porte-t-il son nom ?
Oui, et le rapprochement est parlant. Quand les naturalistes reçoivent à la fin du XVIIIe siècle les premiers spécimens d'un mammifère australien couvert de piquants qui pond des œufs tout en allaitant, la classification vacille. L'espèce est décrite par George Shaw en 1792, et Georges Cuvier lui applique en 1797 le nom d'échidné — précisément parce que l'animal semblait tenir de deux règnes à la fois.