Mythologie grecque · Créatures
Les Hespérides, gardiennes des pommes d'or dans la mythologie grecque
Les Hespérides : où situer leur jardin, quel fruit y pousse vraiment, de qui elles sont filles, et ce que les Argonautes y ont trouvé le lendemain.
Les Hespérides sont les nymphes du couchant qui gardent, aux confins occidentaux du monde, un jardin de pommes d’or défendu par le serpent Ladon. Leur dossier tient en trois questions que l’Antiquité n’a jamais tranchées : de qui sont-elles filles, où se trouve leur jardin, et quel fruit y pousse exactement.
Où est le jardin ?
Aucune source ne s’accorde, et c’est structurel : le jardin se définit par le fait d’être au-delà du connu, si bien qu’il recule à mesure que la carte grecque s’étend.
Hésiode le place simplement par-delà l’illustre Océan, près de la Nuit. Les colons grecs de Cyrénaïque, installés en Libye au VIIe siècle, l’identifient à un site de leur propre territoire — la cité de Bérénice, l’actuelle Benghazi, exhibait un « jardin des Hespérides » que les voyageurs romains venaient encore visiter. D’autres le fixent au pied du mont Atlas, au Maroc, ou dans des îles de l’Océan extérieur.
Chaque déplacement suit l’avancée réelle de la navigation. Tant que la Méditerranée occidentale reste obscure, le jardin y tient ; dès qu’on la connaît, il passe derrière l’Atlas, puis dans l’Atlantique.
De quel fruit parle-t-on ?
La question a plus de conséquences qu’il n’y paraît. La mêlon grecque désigne indistinctement la pomme, le coing et divers fruits ronds, et « pomme d’or » ne dit rien de botanique.
L’Antiquité en a discuté. Théophraste décrit un fruit d’orient qu’il appelle « pomme de Médie » ou « pomme de Perse » — notre cédrat —, arrivé en Méditerranée par les conquêtes d’Alexandre, doré, parfumé et longtemps considéré comme précieux. Le rapprochement avec les pommes du jardin occidental s’est fait très tôt, malgré la contradiction géographique.
Il en reste une trace jusque dans la langue savante d’aujourd’hui : en botanique, le fruit des agrumes s’appelle une hespéride. Les orangeraies européennes portent, sans le savoir, le nom des gardiennes du verger d’Héra.
Filles de la Nuit ou filles d’Atlas
Hésiode les range parmi les enfants de Nyx, la Nuit, enfantés par elle seule aux côtés du Trépas, du Sommeil et des Moires : des abstractions primordiales, sœurs du destin.
Les auteurs postérieurs en font les filles d’Atlas, d’où leur surnom d’Atlantides. Cette seconde version les intègre à une famille, leur donne un père planté à l’extrémité occidentale, et les apparente aux Pléiades. L’arbre de ce site la suit, parce qu’elle rend la géographie cohérente — mais la source la plus ancienne dit autre chose, et il faut le savoir.
Leur nombre varie de trois à sept, avec Églé, Érythie, Hespéria et Aréthuse comme noms récurrents.
Ce que les Argonautes ont vu
Le onzième travail d’Héraclès est raconté partout du point de vue du héros. Apollonios de Rhodes fait l’inverse, et c’est le passage le plus intéressant du dossier.
Les Argonautes abordent le lendemain du passage d’Héraclès. Ils trouvent les nymphes en deuil : Ladon gît sous l’arbre, le corps encore agité de soubresauts, les mouches se posant sur ses blessures. À l’approche des hommes, les Hespérides se changent en poussière, puis en arbres — un peuplier, un orme, un saule — avant de reprendre figure pour parler et raconter ce qui s’est passé la veille.
Vu de l’intérieur, le grand travail héroïque devient une effraction commise par un inconnu gigantesque qui a commencé par tuer le gardien de la maison. C’est l’un des rares moments où la mythologie grecque laisse la parole au décor.
Sources antiques
- Hésiode, Théogonie, v. 211-216, 274-275, 333-335
- Apollonios de Rhodes, Argonautiques, IV, 1396-1449
- Apollodore, Bibliothèque, II, 5, 11
- Théophraste, Recherches sur les plantes, IV, 4, 2-3
- Pline l'Ancien, Histoire naturelle, V, 31
À lire aussi
Récits où l’on retrouve cette entité
Questions fréquentes
Où se trouve le jardin des Hespérides ?
Nulle part de fixe, et c'est structurel : le jardin se définit par le fait d'être au-delà du connu, si bien qu'il recule à mesure que la carte grecque s'étend. Hésiode le place par-delà l'Océan, près de la Nuit. Les colons de Cyrénaïque l'identifient à un site de leur propre territoire, près de l'actuelle Benghazi. D'autres le fixent au pied de l'Atlas ou dans des îles de l'Océan extérieur.
De quel fruit s'agit-il exactement ?
La question est ouverte. Le grec mêlon désigne indistinctement la pomme, le coing et divers fruits ronds, et « pomme d'or » ne dit rien de botanique. Théophraste décrit un fruit d'orient qu'il appelle pomme de Médie — notre cédrat —, doré et parfumé, et le rapprochement s'est fait très tôt malgré la contradiction géographique. Il en reste une trace savante : en botanique, le fruit des agrumes s'appelle une hespéride.