Mythologie grecque · Héros & mortels

Médée, magicienne de Colchide dans la mythologie grecque

Médée : la jeune fille amoureuse d'Apollonios, la meurtrière d'Euripide, l'étrangère de Corinthe et la Médée française de Corneille.

Médée dans l'art classique
Frederick Sandys — via Wikimedia Commons · Domaine public · Image adaptée : redimensionnement, composition sur fond flouté, désaturation, teinte colorée et conversion WebP · Source

Médée est une princesse de Colchide, petite-fille d’Hélios et la plus savante des manieuses de drogues et de rites de la mythologie grecque. Elle donne la Toison d’or à Jason, détruit sa propre famille pour le suivre, et se voit répudiée à Corinthe au profit d’une épouse plus jeune. Deux poètes ont fait d’elle deux personnages presque incompatibles, et c’est cette dualité qui rend la figure inépuisable.

L’alliée sans laquelle il n’y a pas de quête

L’aide de Médée n’est pas un adjuvant : elle est la réussite de l’expédition. Elle remet à Jason un onguent qui le rend insensible au feu pour une journée, ce qui lui permet d’atteler les taureaux aux sabots de bronze. Elle lui indique de jeter une pierre au milieu des guerriers nés des dents du dragon pour qu’ils s’entretuent. Elle endort de ses incantations le serpent qui ne dort jamais.

Sa fuite est pire que son assistance. Dans la version la plus dure, elle emmène son jeune frère Apsyrtos à bord, le tue, et jette derrière le navire les morceaux de son corps pour obliger son père à s’arrêter et à les recueillir en vue des funérailles. Tout ce qu’elle fera ensuite est déjà là : le calcul exact, l’usage retourné de ce que l’adversaire tient pour sacré, et l’absence de prix trop élevé.

À Iolcos, elle persuade les filles de Pélias de découper et de faire bouillir leur père en leur promettant de le rajeunir — après leur en avoir administré la preuve sur un bélier, qu’elle transforme réellement en agneau. La démonstration réussit. Le père, non.

La jeune fille d’Apollonios

Le chant III des Argonautiques d’Apollonios de Rhodes, au IIIe siècle avant notre ère, est l’un des textes fondateurs de la psychologie littéraire européenne, et l’on oublie souvent qu’il a Médée pour sujet.

Elle n’y est pas une magicienne redoutable : c’est une adolescente frappée par la flèche d’Éros, qui passe des nuits entières à délibérer contre elle-même. Elle veut aider l’étranger, sait qu’aider l’étranger revient à trahir son père, envisage le suicide, ouvre le coffret à poisons, le referme. Apollonios compare le tremblement de son cœur au reflet du soleil sur l’eau d’un seau que l’on vient de remplir, dansant sur les murs de la pièce : une image domestique, minuscule, employée pour un trouble intérieur — procédé qui n’existait pratiquement pas avant lui.

Cette Médée-là n’a rien commis. Elle est en train de choisir, et le poème la suit heure par heure.

L’étrangère de Corinthe

Euripide fait porter le poids ailleurs. Sa Médée, jouée en 431 avant notre ère, s’ouvre des années après la quête, quand Jason l’abandonne pour la fille du roi de Corinthe. Elle tue la fiancée et son père au moyen d’une robe empoisonnée, puis ses deux fils, pour laisser à Jason une vieillesse sans descendance.

La pièce insiste sur un point que les résumés escamotent : Médée est une étrangère, une barbare sans cité, et son argumentation la plus âpre porte sur la condition des femmes dans le mariage grec — la dot qui achète un maître, l’impossibilité de divorcer, la solitude de celle qui a quitté sa maison pour un homme. Le chœur, composé de Corinthiennes, lui donne raison sur ce point et la suit très loin avant de la lâcher.

Les traditions antérieures racontaient pourtant autrement la mort des enfants : dans certaines, ce sont les Corinthiens qui les tuent en représailles ; dans d’autres, ils meurent dans le sanctuaire d’Héra où leur mère les avait cachés en espérant les rendre immortels. Pausanias verra encore, au IIe siècle de notre ère, leur tombeau à Corinthe, et rapportera le rite annuel — enfants vêtus de noir, cheveux coupés — qui leur était consacré jusqu’à la destruction de la ville par Rome en 146 avant notre ère.

Une Médée française

Le personnage a été rapporté en France par Sénèque avant de l’être par les Grecs. C’est de la Médée latine, violente et sentencieuse, que part Corneille pour sa toute première tragédie, Médée, créée en 1635 — quatre ans avant Le Cid.

Corneille y assume ce que le classicisme naissant supportait mal : une héroïne coupable qui n’est ni punie ni repentante, et à qui il donne le vers le plus célèbre de la pièce, réponse à qui lui demande ce qui lui reste face à tant d’ennemis — « Moi. Moi, dis-je, et c’est assez. » La lignée continue jusqu’aux réécritures contemporaines qui reprennent la question qu’Euripide avait posée le premier : que fait une société d’une femme étrangère dont elle a besoin, puis dont elle n’a plus besoin ?

Sources antiques

  • Apollonios de Rhodes, Argonautiques, III, 275-298 et 744-824
  • Euripide, Médée
  • Pausanias, Description de la Grèce, II, 3, 6-7
  • Apollodore, Bibliothèque, I, 9

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Questions fréquentes

La Médée d'Apollonios est-elle la même que celle d'Euripide ?

Presque pas. Au chant III des Argonautiques, Médée est une adolescente frappée par la flèche d'Éros, qui passe des nuits à délibérer contre elle-même, ouvre le coffret à poisons et le referme. Apollonios compare le tremblement de son cœur au reflet du soleil sur l'eau d'un seau — une image domestique employée pour un trouble intérieur, procédé qui n'existait pratiquement pas avant lui. Cette Médée-là n'a encore rien commis.

Existe-t-il une Médée française ?

Oui, et elle précède Le Cid. Corneille tire sa toute première tragédie, Médée (1635), de la version latine de Sénèque plutôt que du grec. Il y assume ce que le classicisme naissant supportait mal — une héroïne coupable, ni punie ni repentante — et lui donne le vers le plus célèbre de la pièce, réponse à qui lui demande ce qui lui reste face à tant d'ennemis : « Moi. Moi, dis-je, et c'est assez. »