Mythologie grecque · Héros & mortels

Étéocle, roi de Thèbes et frère de Polynice dans la mythologie grecque

Étéocle, fils d'Œdipe : l'alternance royale qu'il rompt, son discours sur la tyrannie chez Euripide, et le duel du septième portail.

Étéocle dans l'art classique
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Étéocle est le fils d’Œdipe et de Jocaste qui tient Thèbes contre l’armée levée par son frère. Il occupe dans le cycle thébain une position que personne d’autre n’occupe : il est à la fois le défenseur légitime d’une cité assiégée et l’homme dont le parjure a provoqué le siège.

Une royauté à tour de rôle

Après la chute d’Œdipe, les deux frères conviennent de régner sur Thèbes une année chacun, en alternance. Étéocle exerce le premier mandat et refuse de le rendre ; Polynice part alors pour Argos y chercher une armée.

L’accord mérite qu’on s’y arrête, parce qu’il est étrange. La royauté grecque archaïque se transmet par le sang, pas par rotation ; l’alternance annuelle ressemble bien davantage à une magistrature de cité classique qu’à un trône homérique. Les tragiques du Ve siècle projettent ainsi sur la Thèbes mythique une question qui est celle de leur temps : que vaut une règle de dévolution du pouvoir quand celui qui la détient n’a plus intérêt à la respecter ?

La tradition n’attribue d’ailleurs pas les torts d’un seul côté. Certaines versions font tirer les frères au sort ; d’autres font emporter à Polynice les insignes royaux, dont le collier d’Harmonie, ce qui rend son départ moins innocent.

« Pour régner, je commettrais n’importe quelle injustice »

Euripide, dans Les Phéniciennes, donne à Étéocle une franchise qui n’a pas d’équivalent. Sommé par sa mère de s’expliquer, il ne plaide ni la nécessité ni le bien public. S’il faut commettre une injustice, dit-il, la plus belle raison de le faire est le pouvoir ; et il ajoute qu’il irait jusqu’au lever des astres ou sous la terre s’il le fallait, pour tenir la Tyrannie, « la plus grande des divinités ».

Cette tirade est l’un des textes politiques les plus durs du théâtre grec. Elle ne cherche pas à excuser Étéocle : elle le rend intelligible. Le personnage ne se croit pas dans son droit et ne prétend pas l’être. Il expose une vérité que la cité préfère taire, à savoir que le pouvoir se garde parce qu’on y tient, et non parce qu’on le mérite.

Le septième portail

Les Sept contre Thèbes d’Eschyle repose presque entièrement sur un dispositif unique. Un éclaireur décrit tour à tour les sept champions postés devant les sept portes — leur emblème, leur cri, leur tempérament — et Étéocle répond à chaque portrait en désignant le Thébain qui l’affrontera, appariant les caractères et retournant les blasons contre ceux qui les portent.

Pendant six appariements, il est exactement ce qu’une ville assiégée peut espérer : maître de lui, rapide, méprisant devant la panique, excellent lecteur d’hommes. Puis l’éclaireur arrive à la septième porte et nomme Polynice, dont le bouclier montre la Justice ramenant un exilé chez lui.

Étéocle entend la malédiction arriver. Il sait ce que signifie tenir cette porte-là, et il y va — sans y être contraint. Eschyle rend le choix indiscernablement semblable à un devoir, à une fatalité et à une haine. Les frères s’entretuent sous la voûte. Thèbes tient.

Ce que la cité fait de son cadavre

Étéocle reçoit des funérailles publiques en défenseur de Thèbes ; son frère reste sur le champ de bataille. C’est cette différence de traitement, bien plus que le duel, qui engendre la suite du cycle et le geste d’Antigone.

Son nom signifie « gloire véritable », et l’ironie est voulue. La gloire militaire qu’il obtient est parfaitement réelle, et elle ne règle rien : la cité survit, la maison royale disparaît, et la guerre qu’il a gagnée a produit la crise suivante avant que son corps soit froid.

Sources antiques

  • Eschyle, Les Sept contre Thèbes, v. 375-719
  • Euripide, Les Phéniciennes, v. 499-525
  • Sophocle, Antigone
  • Apollodore, Bibliothèque, III, 6

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Questions fréquentes

Qui a tort, Étéocle ou Polynice ?

La tradition refuse de trancher. Dans la version courante, Étéocle exerce le premier mandat de l'alternance convenue et refuse de le rendre. Mais d'autres récits font tirer les frères au sort, ou font emporter à Polynice les insignes royaux — dont le collier d'Harmonie —, ce qui rend son départ moins innocent. La tragédie grecque ne fournit jamais de frère propre : tous deux convertissent un litige de succession en guerre.

Étéocle défend-il vraiment sa cité ?

Il la défend réellement, et Eschyle le montre en commandant remarquable : maître de lui, rapide, excellent lecteur d'hommes. Mais Euripide lui prête une franchise qui ruine toute justification — s'il faut commettre une injustice, dit-il, la plus belle raison de le faire est le pouvoir, et il irait jusque sous la terre pour tenir la Tyrannie. Il ne se croit pas dans son droit et ne prétend pas l'être.