Mythologie grecque · Héros & mortels
Laïos, roi de Thèbes et père d'Œdipe dans la mythologie grecque
Laïos, quatrième roi de la maison de Cadmos : l'enlèvement de Chrysippe, l'oracle transgressé, l'exposition d'Œdipe et le carrefour de Daulis.
Laïos est le roi de Thèbes dont les efforts pour éviter un oracle en assurent l’accomplissement. Époux de Jocaste et père d’Œdipe, il apprend que son fils le tuera, fait exposer le nouveau-né, et meurt des années plus tard sous les coups de l’homme que cet enfant est devenu. Sa fiche n’a d’intérêt que si l’on cesse de le voir comme une victime : la tradition lui prête aussi une faute personnelle, antérieure à tout oracle.
Une royauté qui ne tient jamais
Thèbes est fondée par Cadmos, et la couronne passe à son fils Polydoros, puis à Labdacos, dont les descendants prendront le nom de Labdacides. Labdacos meurt jeune. Laïos hérite d’un trône qu’il est trop petit pour occuper, et la ville tombe aux mains d’une régence — Lycos, puis Amphion et Zéthos, les jumeaux qui bâtissent les murailles.
Cette instabilité n’est pas un détail décoratif. Sur quatre générations, aucun roi thébain ne transmet paisiblement le pouvoir à son successeur ; chaque succession passe par l’exil, l’usurpation ou le meurtre. La malédiction que la tragédie concentrera sur Œdipe et ses enfants agit déjà comme un défaut de fabrication de la dynastie.
Chrysippe, la faute d’avant l’oracle
Chassé de Thèbes pendant sa minorité, Laïos est recueilli à Pisa par Pélops. Il y enlève Chrysippe, le fils de son hôte.
Le geste viole deux fois la loi sacrée de l’hospitalité placée sous la protection de Zeus : contre l’hôte qui l’a accueilli, contre l’enfant qui lui était confié. Pélops le maudit — que Laïos n’ait pas de fils, ou que ce fils le tue. Apollodore conserve cette version, qu’Euripide paraît connaître, et plusieurs auteurs tardifs y voient l’origine mythique de la pédérastie grecque, ce qui explique à la fois sa large diffusion et la gêne des moralistes postérieurs.
L’enjeu de lecture est réel. Si la malédiction commence à Chrysippe, la ruine des Labdacides est une sanction et non un caprice du destin — et Apollodore va jusqu’au bout de cette logique en faisant du Sphinx le châtiment envoyé par Héra contre une cité qui n’a jamais puni son roi. Sophocle, lui, supprime entièrement Chrysippe. Son Laïos n’est pas un débiteur : c’est un homme que la prophétie écrase.
L’enfant aux chevilles percées
Les sources ne s’accordent pas sur la forme de l’avertissement delphique, et cette divergence déplace toute la culpabilité.
Chez Sophocle, l’oracle prédit : un fils né de Laïos le tuera. Chez Euripide, l’oracle interdit : Apollon défend au roi d’engendrer, et Laïos conçoit Œdipe malgré tout, un soir d’ivresse, en désobéissant à un ordre explicite. Dans le premier cas Laïos réagit à un avenir annoncé ; dans le second, il fabrique lui-même sa perte.
La réponse, elle, ne change pas. On perce les chevilles du nouveau-né, on les entrave, et un serviteur l’emporte vers le Cithéron. Le berger désobéit et confie l’enfant à Corinthe. Le nom d’Œdipe, « pied enflé », gardera la trace de ce que son père lui a fait.
Le carrefour et la mémoire des lieux
Des années plus tard, Laïos se rend à Delphes avec un héraut et une petite escorte. À la schistè hodos, le carrefour des trois routes en Phocide, près de Daulis, il croise un jeune homme seul. La dispute porte sur le droit de passage.
Sophocle précise qui frappe le premier : le héraut écarte le voyageur, et Laïos lui abat sur la tête un aiguillon à double pointe au moment où le char le dépasse. Œdipe le tue, ainsi que presque toute l’escorte. Un serviteur survit, rentre à Thèbes, et rapporte une attaque de brigands — au pluriel. Ce pluriel est l’unique invraisemblance du récit, et c’est sur elle qu’Œdipe fondera son espoir d’être innocent.
Le lieu a gardé sa mémoire : Pausanias, au IIe siècle de notre ère, signale encore au voyageur le tombeau de Laïos et de son héraut, dressé au bord de la route, à l’endroit même de l’embranchement. La mort du roi laisse Thèbes sans souverain devant le Sphinx — et l’étranger qui résout l’énigme reçoit le trône vacant et la reine veuve.
Sources antiques
- Sophocle, Œdipe roi
- Euripide, Les Phéniciennes, v. 13-20
- Apollodore, Bibliothèque, III, 5, 5-8
- Pausanias, Description de la Grèce (X, 5) pour le carrefour
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Questions fréquentes
Pourquoi Laïos est-il maudit ?
Selon une tradition que conserve Apollodore, Laïos, exilé et recueilli par Pélops, enleva le fils de son hôte, Chrysippe. Pélops le maudit : qu'il n'ait pas de fils, ou que ce fils le tue. Si l'on retient cette version, la ruine des Labdacides est une sanction et non un caprice du destin. Sophocle, lui, supprime entièrement l'épisode : son Laïos n'est pas un débiteur, c'est un homme qu'une prophétie écrase.
L'oracle interdisait-il à Laïos d'avoir un enfant ?
Cela dépend de l'auteur, et l'écart déplace toute la culpabilité. Chez Sophocle, Delphes prédit simplement qu'un fils né de Laïos le tuera : le roi réagit à un avenir annoncé. Chez Euripide, l'oracle interdit formellement d'engendrer, et Laïos conçoit Œdipe malgré tout, un soir d'ivresse. Dans le premier cas il subit ; dans le second, il fabrique lui-même sa perte.