Mythologie grecque · Dieux & déesses
Persès, Titan père d'Hécate dans la mythologie grecque
Persès, Titan époux d'Astéria : le père d'Hécate, seule lignée titanique épargnée par Zeus, et quatre homonymes qu'on confond sans cesse.
Persès est un Titan de seconde génération dont on ne sait presque rien, et qui compte pourtant : époux d’Astéria, il est le père d’Hécate, seule divinité titanique à sortir intacte du renversement des Titans.
Quarante vers pour sa fille
Le fait le plus étonnant du dossier ne concerne pas Persès mais ce qu’Hésiode fait de son enfant.
Au beau milieu de la Théogonie, le poème s’interrompt et consacre à Hécate une quarantaine de vers d’éloge — davantage qu’à la plupart des Olympiens. Zeus, y lit-on, l’a honorée entre toutes ; il ne lui a rien retiré de ce qu’elle détenait sous les Titans ; il lui a confirmé sa part de la terre, de la mer et du ciel étoilé. Elle donne la victoire au combat comme aux jeux, l’abondance aux bergers et aux pêcheurs, l’autorité dans l’assemblée, et elle est nourrice des jeunes gens.
Toutes les autres familles titaniques sont enchaînées, réduites ou dépossédées. Celle-ci conserve ses prérogatives sous la nouvelle administration.
Les raisons de ce traitement se discutent depuis plus d’un siècle : dévotion personnelle du poète, culte béotien local particulièrement vivace, interpolation postérieure. Aucune hypothèse ne l’emporte. Le fait structurel, lui, demeure — et Persès en est le père.
Une famille de mots
Le Titan appartient à un groupe qui ressemble moins à une famille qu’à une liste de vocabulaire. Crios et Eurybie engendrent Astraios (le ciel étoilé, qui donnera à Éos les vents et les astres), Pallas (le combat, qui donnera à Styx la Victoire, la Puissance, la Force et l’Émulation), et Persès, dont le nom se rattache à l’idée de destruction.
Aucun n’a de mythe, et leurs enfants sont tout aussi abstraits. Ce que cette branche apporte à la Théogonie, c’est un moyen d’énoncer que l’aurore produit les astres et que le combat produit la victoire, dans une grammaire où le seul verbe disponible est « engendrer ». Il faut lire ces passages comme on lirait un tableau de correspondances, non comme un récit.
Quatre homonymes à ne pas confondre
Le nom est porté par plusieurs figures que les résumés mélangent régulièrement.
Le Titan est celui dont il est question ici.
Persès fils de Persée et d’Andromède demeure en Orient auprès de Céphée, et Hérodote comme Apollodore en font l’ancêtre éponyme des Perses — récit d’origine commode, qui permettait de présenter Grecs et Perses comme des parents éloignés au moment même où ils se faisaient la guerre.
Persès frère d’Aiétès est colchidien, donc oncle de Médée ; il usurpe le trône de son frère et meurt au retour de sa nièce.
Enfin Persès frère d’Hésiode n’est pas un personnage mythologique du tout : c’est le frère du poète, qui accapara plus que sa part de l’héritage paternel en achetant les juges du village, et à qui Les Travaux et les Jours sont adressés d’un bout à l’autre comme un immense reproche versifié. Le hasard veut ainsi que le nom du Titan « qui l’emportait par la sagesse » soit aussi celui du parent le plus déraisonnable de la littérature grecque.
Sources antiques
- Hésiode, Théogonie (v. 375-377, 404-452) et Les Travaux et les Jours, v. 27-41
- Apollodore, Bibliothèque, I, 2, 2 ; II, 4, 5 ; I, 9, 28
- Hérodote, Histoires, VII, 61 et 150
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Questions fréquentes
Combien de Persès faut-il distinguer ?
Quatre au moins. Le Titan, fils de Crios, époux d'Astéria et père d'Hécate. Persès fils de Persée, que Hérodote et Apollodore donnent pour ancêtre éponyme des Perses. Persès frère d'Aiétès, oncle de Médée, qui usurpe le trône de Colchide. Et Persès frère d'Hésiode, personnage bien réel, qui accapara plus que sa part de l'héritage paternel en achetant les juges du village.
Pourquoi la branche de Crios n'a-t-elle aucun mythe ?
Parce qu'elle ressemble moins à une famille qu'à une liste de vocabulaire. Crios et Eurybie engendrent Astraios, le ciel étoilé ; Pallas, le combat ; et Persès, dont le nom se rattache à l'idée de destruction. Leurs enfants sont tout aussi abstraits. Ce que cette branche apporte à la Théogonie, c'est un moyen de dire que l'aurore produit les astres et que le combat produit la victoire, dans une grammaire où le seul verbe disponible est « engendrer ».