Qui est Osiris ?
Osiris est l’une des divinités les plus importantes de l’Égypte ancienne et la figure centrale de toute la théologie funéraire égyptienne. Dieu des morts, de la résurrection, du renouveau végétal et du jugement des âmes, il incarne la conviction égyptienne fondamentale que la mort n’est pas une fin mais une transformation vers une vie meilleure. Son mythe — meurtre, démembrement, reconstitution, résurrection — est le récit le plus dense et le plus influent de toute la tradition nilotique.
Rôle, nature et domaines
Osiris est à la fois roi des morts et premier mort ressuscité. Avant sa propre mort, les textes le décrivent comme le premier pharaon légendaire d’Égypte, qui aurait enseigné à l’humanité l’agriculture, la vigne et les lois. Sa mort violente puis sa résurrection font de lui le modèle de tout défunt espérant une vie après la mort : « devenir Osiris » est l’objectif ultime de la préparation funéraire égyptienne.
Sa peau verte symbolise la végétation et la renaissance perpétuelle — car Osiris est aussi un dieu de la fertilité, associé aux crues du Nil qui déposent le limon fertile sur les rives. Sa peau noire évoque ce limon lui-même. Les deux couleurs coexistent dans l’iconographie selon les traditions régionales et les périodes.
Généalogie
Osiris est le fils de Geb (dieu de la terre) et de Nout (déesse du ciel). Il est le frère aîné de Seth, de Nephthys et de sa propre épouse Isis. De cette union naît Horus, conçu de manière miraculeuse après la mort d’Osiris — le récit varie selon les sources : Isis prend la forme d’un milan pour recevoir le souffle vital de son époux momifié. Cette conception posthume fait de Horus un enfant d’une origine divine particulièrement pure, investi du droit de venger son père.
Le mythe de la mort et de la résurrection
Le récit osirien dans sa forme la plus complète est transmis par Plutarque (De Iside et Osiride, Ier–IIe s. apr. J.-C.), qui compile des sources égyptiennes beaucoup plus anciennes. Les grandes étapes en sont :
- Le meurtre : Seth, jaloux du pouvoir et du prestige d’Osiris, le piège dans un coffre taillé à ses mesures lors d’un banquet. Il scelle le coffre et le jette dans le Nil.
- La quête d’Isis : Isis retrouve le coffre échoué à Byblos, où un arbre a poussé autour de lui. Elle rapporte le corps en Égypte.
- Le démembrement : Seth découvre le corps et le taille en quatorze morceaux (parfois dix-sept selon les variantes), dispersés à travers l’Égypte.
- La reconstitution : Isis, aidée de sa sœur Nephthys, retrouve chaque fragment et reconstitue le corps — sauf le phallus, englouti par un poisson du Nil et remplacé par Isis en or.
- La résurrection provisoire : Isis souffle le ka (l’énergie vitale) sur la momie et conçoit Horus avant qu’Osiris ne descende définitivement dans la Douat.
- La royauté des morts : Osiris devient le premier momie, roi éternel du royaume des morts, présidant au jugement de toutes les âmes.
Le jugement des morts
Dans la Salle des Deux Vérités (Maât), Osiris préside un tribunal de quarante-deux assesseurs divins. Le cœur du défunt est pesé sur une balance face à la plume de Maât — symbole de la vérité et de la justice cosmique. Anubis, le dieu à tête de chacal, surveille la balance. Thot, dieu de l’écriture, consigne le résultat.
Si le cœur est plus léger que la plume, le mort est déclaré « juste de voix » (maâ-khérou) et admis dans les champs d’Ialou — le paradis osirien. Si le cœur est trop lourd, Ammout (la « Dévoreuse », mi-crocodile mi-lion mi-hippopotame) le dévore, et l’âme est anéantie pour l’éternité. Ce jugement moral est l’une des conceptions les plus élaborées de la justice divine dans l’Antiquité.
Variantes et culte
Le principal centre de culte d’Osiris était Abydos, en Haute-Égypte, réputée être le lieu de sépulture de sa tête. Les fêtes osiriennes annuelles reconstituaient symboliquement son meurtre, sa reconstitution et sa résurrection, attirant des pèlerins de tout le pays.
Au Nouvel Empire, Osiris fusionne partiellement avec Râ dans la forme d’Osiris-Râ : la rencontre nocturne des deux dieux dans la cinquième heure de la Douat symbolise la régénération simultanée du soleil et des âmes des morts.
La tradition religieuse distingue aussi Osiris-Sokar (fusion avec le dieu funéraire memphite Sokar) et les aspects locaux du dieu dans chaque nome.
Ce que disent les sources antiques
Les Textes des Pyramides (v. 2400 av. J.-C.) constituent les premières grandes attestations du mythe osirien, narrant la résurrection du pharaon défunt en Osiris. Les Textes des Sarcophages (v. 2000 av. J.-C.) démocratisent l’espoir de la résurrection osirien, autrefois réservé aux rois. Le Livre des Morts (v. 1550 av. J.-C.) est le guide pratique de la survie dans la Douat, contenant les formules magiques pour réussir la pesée du cœur. Plutarque (De Iside et Osiride) offre la version narrative la plus développée du mythe, bien que légèrement hellénisée.
Lectures complémentaires
Pour la déesse qui reconstitue le corps d’Osiris et fait usage de sa magie pour le ressusciter, lire la fiche d’Isis. Pour le fils qu’Osiris engendre pour venger sa mort et récupérer son trône, voir la fiche d’Horus. Pour le dieu solaire que rencontre Osiris chaque nuit dans la Douat, consulter la fiche de Râ. Pour une comparaison des dieux de la mort à travers plusieurs mythologies — dont Osiris aux côtés d’Hadès —, lire la page Les dieux de la mort dans 8 mythologies. Pour une vue d’ensemble du panthéon égyptien, voir la page de la mythologie égyptienne.
À lire aussi
Questions fréquentes
Comment Osiris est-il mort ?
Selon le récit le plus élaboré — transmis par Plutarque au Ier-IIe siècle apr. J.-C. mais enraciné dans des sources égyptiennes bien plus anciennes — Seth, frère jaloux d'Osiris, l'attire dans un cercueil conçu à ses mesures, le cloue et le jette dans le Nil. Plus tard, Seth retrouve le corps reconstitué par Isis et le démembre en quatorze morceaux (dix-sept selon certaines variantes) dispersés dans tout le pays.
Qu'est-ce que la pesée du cœur ?
La pesée du cœur est le jugement central de la théologie funéraire égyptienne : le cœur du défunt est posé sur un plateau de la balance d'Osiris, face à la plume de Maât (la vérité et la justice cosmique). Si le cœur est plus léger que la plume, le mort est admis dans le royaume de bonheur éternel. Si le cœur est plus lourd — alourdi par les péchés —, il est dévoré par Ammout, créature composite mi-crocodile, mi-lion, mi-hippopotame, et l'âme disparaît à jamais.
Pourquoi Osiris est-il représenté avec une peau verte ou noire ?
La peau verte symbolise la végétation et la résurrection : Osiris est associé au cycle des crues du Nil et à la germination du grain, mort et renaissant chaque année comme les récoltes. La peau noire évoque le limon fertile des crues nilotiques. Ces deux couleurs expriment donc sa double nature de dieu de la mort et de dieu de la renaissance perpétuelle.