Mythologie nordique · Objets mythiques

Gungnir, la lance d'Odin dans la mythologie nordique

Gungnir dans la mythologie nordique : la lance infaillible d'Odin, forgée par les fils d'Ivaldi, gravée de runes et jetée au-dessus des armées pour les vouer au dieu.

Qu’est-ce que Gungnir ?

Gungnir est la lance d’Odin, l’arme emblématique du souverain des Ases et l’un des grands trésors de la mythologie nordique. Là où Thor est inséparable de son marteau Mjöllnir, Odin est le dieu à la lance : Gungnir ne manque jamais sa cible et ne fléchit jamais dans son vol, et elle porte les runes sacrées qui lient Odin au savoir, à la guerre et à la mort. Plus qu’une arme, elle est un symbole de la souveraineté du dieu sur les morts — l’instrument par lequel il revendique comme siens les tués du champ de bataille.

La forge de Gungnir

L’origine de Gungnir tient à l’un des épisodes les plus lourds de conséquences de l’art des nains. Après que Loki a coupé par malice la chevelure d’or de Sif, l’épouse de Thor, il est contraint de réparer sa faute en obtenant des trésors auprès des nains. Il se rend d’abord chez les forgerons appelés fils d’Ivaldi, qui façonnent trois présents : une nouvelle chevelure d’or pour Sif, le navire pliant Skíðblaðnir, et la lance Gungnir pour Odin.

Non content, Loki gage sa propre tête que les frères nains Brokkr et Sindri ne sauraient rien faire de plus beau. Ils produisent trois autres merveilles — l’anneau qui se démultiplie Draupnir, le sanglier d’or Gullinbursti et le marteau Mjöllnir. Les dieux, siégeant en juges, décernent le prix à Mjöllnir pour son pouvoir de défendre Asgard, et Loki sauve sa tête par une ruse. Gungnir, bien qu’elle perde le concours, reste dès ce jour l’arme personnelle du plus haut des dieux — signe de l’identification totale d’Odin à la lance.

Runes, serments et le jet infaillible

Gungnir est liée à la plus profonde des associations d’Odin : les runes. Le Sigrdrífumál de l’Edda poétique dit que des runes de victoire furent gravées sur la pointe de la lance — signes magiques taillés dans l’arme pour en garantir la puissance. La lance est aussi l’objet de serments : jurer « sur la pointe de Gungnir », c’était prononcer un vœu contraignant sous l’autorité du dieu.

Par-dessus tout, Gungnir est l’arme de consécration. Dans la Völuspá, au déclenchement de la première guerre du monde — entre les Ases et les Vanes — Odin jette sa lance au-dessus de l’armée. Ce geste devient le modèle d’un rite nordique historique : lancer une lance au-dessus d’une armée ennemie en criant la formule qui la voue à Odin, offrant les morts au dieu des tués. La lance qui ne manque jamais est ainsi aussi la lance qui marque les hommes pour la mort.

Gungnir, sacrifice de soi et Ragnarök

La lance traverse les deux mythes les plus sombres d’Odin. Dans le Hávamál, Odin raconte comment il pendit neuf nuits à l’arbre battu des vents Yggdrasil, « blessé d’une lance, donné à Odin, moi-même à moi-même », pour arracher les runes aux profondeurs — un sacrifice de soi où la lance (comprise comme Gungnir) est l’instrument de l’épreuve du dieu. Et à la fin, au Ragnarök, Odin s’avance à la tête des dieux, Gungnir au poing, pour affronter le loup monstrueux Fenrir. Même la lance infaillible ne peut le sauver : Fenrir engloutit le dieu. La plus grande arme du plus grand dieu est impuissante face au destin — l’une des leçons rudes et sans détour au cœur du mythe nordique.

Ce que disent les sources antiques

La forge de Gungnir par les fils d’Ivaldi est racontée dans le Skáldskaparmál de l’Edda en prose de Snorri Sturluson (v. 1220), au sein du récit du pari de Loki et de la fabrication des trésors nains. L’Edda poétique fournit les rôles les plus profonds de la lance : la Völuspá montre Odin la jetant au-dessus de l’armée lors de la première guerre, le Sigrdrífumál nomme les runes gravées sur sa pointe, et le Hávamál rapporte la blessure de soi sur Yggdrasil. Le Gylfaginning de Snorri place Gungnir dans la main d’Odin au Ragnarök face à Fenrir. À travers ces textes, la lance est constamment l’emblème de l’autorité d’Odin sur la guerre, les runes et la mort.

Lectures complémentaires

Pour le souverain borgne qui brandit la lance et à qui sont voués les morts au combat, lire la fiche d’Odin. Pour le trickster dont le pari fit sortir Gungnir et les autres trésors de la forge des nains, voir la fiche de Loki. Pour le marteau qui remporta le concours où Gungnir fut fabriquée, consulter la fiche de Mjöllnir. Pour l’arbre-monde où Odin, blessé par la lance, se pend pour conquérir les runes, lire la fiche d’Yggdrasil. Enfin, pour la dernière bataille où Gungnir ne parvient pas à sauver Odin de Fenrir, voir le récit du Ragnarök.

À lire aussi

Questions fréquentes

Qu'est-ce que Gungnir dans la mythologie nordique ?

Gungnir est la lance d'Odin, l'arme maîtresse du souverain des Ases. Forgée par les nains appelés fils d'Ivaldi et remise à Odin par Loki, elle ne manque jamais sa cible et ne s'arrête jamais dans son vol. Elle porte des runes gravées et se rattache étroitement aux rôles d'Odin comme dieu de la guerre, des runes et des morts au combat.

Qui a fabriqué Gungnir ?

Gungnir fut forgée par les nains dits fils d'Ivaldi, dans le cadre de la même quête de trésors où Loki, pour réparer la coupe des cheveux de Sif, obtint une série de présents pour les dieux. Dans le concours qui suivit, les nains Brokkr et Sindri produisirent l'anneau Draupnir, le sanglier Gullinbursti et le marteau Mjöllnir — ce dernier jugé le plus grand de tous.

Comment Gungnir est-elle utilisée au Ragnarök ?

Au Ragnarök, Odin chevauche à la tête des dieux, Gungnir en main, et s'avance contre le loup Fenrir. Malgré la lance, Odin est dévoré par le loup — une défaite qui montre que même l'arme infaillible du dieu ne peut détourner le destin annoncé. Plus tôt, lors de la première guerre, Odin jette Gungnir au-dessus de l'armée, geste qui devient le modèle de la consécration des armées.