Mythologie grecque · Héros & mortels

Œagre, père d'Orphée dans la mythologie grecque

Œagre, roi thrace et père d'Orphée : ce que la Thrace signifiait pour un Grec, le débat avec la paternité d'Apollon, et Linos, l'autre fils.

Œagre est un roi de Thrace, que plusieurs sources font carrément dieu-fleuve, et le père qu’attribue à Orphée la grande majorité des généalogistes antiques. Il n’a aucune aventure. Ce qu’il apporte au mythe, c’est un pays.

Ce que la Thrace signifiait pour un Grec

La Thrace s’étend au nord de l’Égée, hors du monde grec proprement dit, et les Grecs se la représentaient de manière très constante : un pays de musique inspirée, de religion extatique, de cavaliers et de mœurs imparfaitement policées.

C’est exactement le portrait d’Orphée. Le musicien dont le chant arrête les fleuves, qui fonde des mystères, qui descend chez les morts et que des femmes en transe finissent par déchirer, ne pouvait pas être athénien. Faire de lui le fils d’un roi thrace, ce n’est pas lui donner un père : c’est lui donner un climat.

Que plusieurs sources fassent d’Œagre un fleuve mérite attention. C’est une manière courante, en généalogie grecque, de dire qu’une famille appartient à un paysage plutôt qu’elle n’y réside. Le détail prend un relief particulier quand on se souvient de la fin d’Orphée : sa tête, arrachée par les Ménades, descend l’Hèbre en chantant encore. Le mythe rend le fils au fleuve dont il faisait naître le père.

Œagre ou Apollon ?

Trois autorités indépendantes donnent le même couple. Apollonios de Rhodes ouvre son catalogue des Argonautes en présentant Orphée comme le fils que la muse Calliope conçut d’Œagre le Thrace. Hygin l’enregistre pareillement. Apollodore consigne le couple et — ce qui est décisif — mentionne la variante apollinienne en précisant qu’Apollon n’est père que de nom.

Cette variante repose surtout sur un vers ambigu de Pindare, où « d’Apollon vint Orphée » peut se lire comme une filiation autant que comme un envoi. Elle n’est pas marginale, mais elle est seconde : les auteurs qui énoncent explicitement une généalogie énoncent celle-ci.

Les deux affirmations ne répondent d’ailleurs pas à la même question. Œagre fournit une terre et une maison royale, Calliope la voix des Muses, Apollon l’instrument et le culte. Seul le premier constitue une lignée, et c’est celle que l’arbre de ce site enregistre.

Linos, l’autre fils

Apollodore donne au couple un second enfant : Linos, musicien lui aussi.

Il enseigne la musique au jeune Héraclès, le reprend sur une fausse note, et se fait tuer d’un coup de sa propre lyre par l’élève emporté par la colère. Son nom servait par ailleurs à désigner un genre de chant funèbre, le linos, ce qui suggère que le personnage est né d’un refrain avant de devenir un fils d’Œagre.

Les deux enfants du roi thrace sont donc des maîtres du chant que la violence emporte sans que leur art puisse rien : l’un par un disciple, l’autre par des dévotes. La mythologie grecque traite manifestement cette famille comme un ensemble, et s’en sert pour dire quelque chose de constant — l’art déplace les fleuves, les pierres et les morts, mais n’arrête pas un bras levé.

Sources antiques

  • Apollonios de Rhodes, Argonautiques, I, 23-34
  • Apollodore, Bibliothèque, I, 3, 1-2
  • Hygin, Fables, 14
  • Pindare, Pythiques (IV, 176-177) pour la variante apollinienne

À lire aussi

Questions fréquentes

Orphée est-il fils d'Œagre ou d'Apollon ?

D'Œagre, selon la généalogie la mieux attestée. Apollonios de Rhodes, Hygin et Apollodore s'accordent sur le couple Œagre-Calliope, et Apollodore, qui connaît la variante apollinienne, la présente comme une paternité de renom et non de sang. Cette variante s'appuie surtout sur un vers ambigu de Pindare. Les deux traditions ne s'excluent pas : Œagre dit d'où vient sa lignée, Apollon d'où vient son art.

Œagre a-t-il d'autres enfants ?

Apollodore lui donne un second fils avec Calliope : Linos, musicien lui aussi, qui enseigne la musique au jeune Héraclès, le reprend sur une fausse note et se fait tuer d'un coup de sa propre lyre. Les deux fils d'Œagre sont donc des maîtres du chant que la violence emporte sans que leur art puisse rien — l'un par un disciple, l'autre par des dévotes.