Mythologie grecque · Héros & mortels

Ixion, père des Centaures dans la mythologie grecque

Ixion et sa roue : le premier meurtre d'un parent, la purification que Zeus a inventée pour lui, et la nuée qui engendra les Centaures.

Ixion dans l'art classique
Giovan Battista Langetti — via Wikimedia Commons · Domaine public · Image adaptée : redimensionnement, composition sur fond flouté, désaturation, teinte colorée et conversion WebP · Source

Ixion est l’homme à la roue. C’est l’image que la mythologie grecque a retenue de lui, et elle est plus intéressante quand on la lit à l’envers : en remontant de la roue vers ce qui l’a méritée, on obtient la liste complète de ce qu’un Grec pouvait faire de pire.

La roue

Zeus le lie à une roue ailée et enflammée, lancée à travers les airs, puis fixée au Tartare. Dans certaines versions, il doit répéter à voix haute, indéfiniment, qu’il faut honorer ses bienfaiteurs.

Le supplice se laisse déchiffrer. Ixion avait fait d’une table d’hôte un piège, puis d’une table d’hôte une occasion : la roue est une table sans convive, un mouvement sans progression, un retour perpétuel au même point. C’est ce que mérite un homme qui n’apprend rien, dans un système pénal qui punit par analogie.

Il forme avec Sisyphe et Tantale le trio des grands damnés que les poètes nomment ensemble. La musique d’Orphée est censée les avoir arrêtés tous les trois d’un coup : l’immobilisation de la roue sert d’unité de mesure à la beauté de ce chant.

Ce qu’il avait fait, d’abord

Roi des Lapithes en Thessalie, Ixion promet des présents à Déionée pour obtenir sa fille Dia, puis refuse de les livrer. Quand Déionée saisit des chevaux en garantie, il l’invite à un banquet de réconciliation et le fait tomber dans une fosse de braises dissimulée sous le sol de la salle.

La tradition grecque traite ce meurtre comme une première absolue. Déionée est son beau-père : tuer un parent par alliance entraînait une souillure qu’aucun rite existant ne pouvait laver, tout simplement parce qu’aucune procédure n’avait encore été inventée. Nul, mortel ou dieu, ne consentit à le purifier. Il erra, frappé de folie, fui de tous — l’homme pour qui le droit n’avait pas encore de réponse.

Ce que Zeus a inventé pour lui

Puis Zeus le prend en pitié, le purifie personnellement, et l’admet à la table de l’Olympe.

C’est l’acte le plus lourd de conséquences de tout le dossier, et la suite le recouvre au point qu’on l’oublie. L’institution de la purification rituelle — le mécanisme par lequel un meurtrier redevient fréquentable — se fonde ici, sur ce cas, par le dieu qui protège les suppliants. Toutes les purifications ultérieures de la mythologie grecque, celle de Pélée comme celle d’Héraclès, fonctionnent sur un précédent établi pour un homme qui avait fait rôtir son beau-père.

Ixion ne reçoit donc pas une faveur : il reçoit la création d’un droit. Ce qu’il en fait est le sujet de la suite.

La nuée

À la table des dieux, il regarde Héra et décide de la poursuivre.

Zeus, qui éprouve avant de foudroyer, façonne une nuée à la ressemblance de son épouse. Ixion s’unit au fantôme — puis s’en vante, ce qui lève les derniers doutes. La nuée, Néphélé, conçoit et met au monde Centauros, dont descendent les Centaures : mi-hommes mi-chevaux, image canonique de l’appétit sans frein. La faute est contrainte d’engendrer son propre emblème.

Pindare, qui donne le récit le plus complet, en tire une formule sèche : Ixion fut emporté vers une folie démesurée et reçut bientôt une souffrance remarquable. C’est le portrait d’un homme comblé d’une faveur sans précédent et incapable d’en apercevoir les limites — ce qui explique pourquoi les Grecs ont fait de lui, plutôt que d’un meurtrier ordinaire, l’emblème de l’ingratitude.

Sources antiques

  • Pindare, Pythiques, II, 21-48
  • Apollodore, Épitomé, I, 20
  • Diodore de Sicile, IV, 69
  • l'Ixion perdu d'Eschyle
  • Virgile, Géorgiques, IV, 484
  • Diodore de Sicile, Bibliothèque historique, IV

À lire aussi

Questions fréquentes

Quelle est la faute d'Ixion ?

Il y en a deux, et la première est une première absolue. Il promet des présents à Déionée pour obtenir sa fille, refuse de les livrer, puis invite son beau-père à un banquet et le fait tomber dans une fosse de braises. Tuer un parent par alliance entraînait une souillure qu'aucun rite existant ne pouvait laver — simplement parce qu'aucune procédure n'avait encore été inventée. Nul ne consentit à le purifier.

Pourquoi la roue ?

Parce que le châtiment grec procède par analogie. Ixion avait fait d'une table d'hôte un piège, puis d'une table d'hôte une occasion : la roue est une table sans convive, un mouvement sans progression, un retour perpétuel au même point. C'est ce que mérite un homme qui n'apprend rien. Dans certaines versions, il doit répéter éternellement qu'il faut honorer ses bienfaiteurs.