Mythologie grecque · Dieux & déesses

Dioné, la déesse dont le nom est le féminin de Zeus

Dioné, mère d'Aphrodite chez Homère : un doublet féminin de Zeus, une généalogie contradictoire et un culte bien réel à Dodone.

Section de la frise nord de l'autel de Pergame identifiée comme Dioné par le musée : figure féminine drapée, acéphale, combattant les Géants
Miguel Hermoso Cuesta — via Wikimedia Commons · CC BY-SA · Image adaptée : redimensionnement, composition sur fond flouté, désaturation, teinte colorée et conversion WebP · Source

Dioné est la mère d’Aphrodite chez Homère, et à peu près rien d’autre. C’est ce presque-rien qui la rend intéressante : son nom est le féminin exact de celui de Zeus, elle partage son sanctuaire à Dodone, et elle est restée coincée entre deux généalogies qui ne s’accordent pas.

Un nom qui est une équation

Le grec décline Ζεύς (Zeús) en Διός (Diós), Διί (Dií). Διώνη est formé sur ce radical avec la désinence féminine : c’est, mot à mot, la forme féminine du nom de Zeus.

Cette formation est remarquable parmi les noms des déesses grecques. Contrairement à Héra, Athéna ou Déméter, Dioné porte un nom bâti sur celui du dieu du ciel. Les comparatistes y voient souvent la trace possible d’une ancienne parèdre indo-européenne du dieu du ciel diurne, mais cette interprétation étymologique ne permet pas, à elle seule, de reconstituer son histoire cultuelle.

Cette identité de parèdre peut contribuer à expliquer la maigreur de son dossier mythologique : les sources la montrent surtout dans sa relation avec Zeus ou avec leur fille Aphrodite.

La scène de l’Iliade

Son unique apparition narrative est aussi l’une des plus humaines du poème. Au chant V, Aphrodite s’est portée au secours de son fils Énée sur le champ de bataille de Troie et Diomède, poussé par Athéna, lui a percé la main d’un coup de lance. La déesse s’enfuit vers l’Olympe.

Elle « se jette sur les genoux de sa mère Dioné » (V, 370). Dioné la prend dans ses bras, la caresse de la main, et lui parle.

Ce qu’elle lui dit est remarquable de sang-froid. Plutôt que de compatir, elle énumère les dieux que des mortels ont déjà blessés : Arès, enfermé treize mois dans une jarre de bronze par les Aloades ; Héra, atteinte au sein droit par une flèche à trois pointes d’Héraclès ; Hadès lui-même, transpercé à Pylos par ce même Héraclès et contraint d’aller se faire soigner par Péon (V, 382-404). Puis elle conclut que Diomède paiera son audace.

C’est l’une des scènes les plus nettement maternelles entre divinités dans l’Iliade, et Homère donne à Dioné un catalogue de blessures divines — une consolation par comparaison, comme on rassure un enfant en lui rappelant que d’autres ont connu la même douleur.

Le culte de Dodone

Là où le mythe est muet, l’épigraphie parle. À Dodone, en Épire, le plus ancien oracle du monde grec, Zeus n’est pas seul : il y est honoré comme Zeus Naios, et Dioné à ses côtés.

Ce n’est pas une reconstruction moderne. Démosthène cite dans le Contre Midias (XXI, 53) le texte d’un oracle rapporté de Dodone à Athènes, qui prescrit des sacrifices à Zeus Naios et, séparément, « à Dioné un bœuf et une table de bronze ». Une cité entière a donc reçu de l’oracle l’instruction de sacrifier à cette déesse, et l’a fait.

Dodone conserve ainsi une forme ancienne du couple formé par Zeus et Dioné. Hors de ce sanctuaire, l’influence de Dioné paraît limitée et c’est généralement Héra qui occupe le rôle d’épouse de Zeus. L’ancienneté et la continuité du culte de Dodone ont probablement contribué à préserver la figure de Dioné.

Deux généalogies incompatibles

Reste le problème que les mythographes n’ont jamais résolu.

Le Pseudo-Apollodore (Bibliothèque, I, 1, 3) la compte parmi les sept Titanides filles d’Ouranos et de Gaïa, avec Téthys, Rhéa, Thémis, Mnémosyne, Phoébé et Théia. Hésiode la place au contraire dans le long catalogue des Océanides, filles d’Océan et de Téthys (Théogonie, v. 353), coincée entre Plexauré et Galaxauré.

Ces deux positions ne sont pas conciliables : dans un cas elle appartient à la génération de Cronos, dans l’autre à celle de ses cousines. L’attestation d’Hésiode est de plusieurs siècles antérieure à la Bibliothèque du Pseudo-Apollodore, sans que cela permette de dater avec certitude les traditions que ce dernier a recueillies. L’arbre généalogique de ce site retient la variante du Pseudo-Apollodore comme choix éditorial, non comme version plus ancienne ou plus autorisée.

Cette instabilité est elle-même un indice : on classe mal une divinité dont on ne raconte rien et dont le nom ne dit qu’une chose — qu’elle est l’épouse du dieu du ciel.

Lectures complémentaires

Pour la fille dont elle est la mère dans la version homérique, lire la fiche d’Aphrodite, qui expose l’autre récit de naissance. Pour l’époux avec lequel elle partage Dodone, voir Zeus. Pour les Titanides auxquelles Apollodore la rattache, lire Théia et Rhéa. Pour la castration d’Ouranos, d’où naît l’Aphrodite d’Hésiode, lire la cosmogonie grecque.

Sources antiques

  • Homère, Iliade, V, 370-417
  • Hésiode, Théogonie, v. 353
  • Pseudo-Apollodore, Bibliothèque, I, 1, 3
  • Démosthène, Contre Midias (XXI), 53

À lire aussi

Questions fréquentes

Qui est la mère d'Aphrodite : Dioné ou l'écume de la mer ?

Les deux, selon l'auteur. Homère fait d'Aphrodite la fille de Zeus et de Dioné (Iliade, V, 370-417). Hésiode, lui, la fait naître de l'écume que produit le sexe tranché d'Ouranos jeté à la mer (Théogonie, v. 188-206) : dans cette version, Aphrodite n'a pas de mère et appartient à une génération antérieure à Zeus. Ces récits correspondent à deux généalogies différentes : chez Homère, Aphrodite est directement rattachée à la famille de Zeus ; chez Hésiode, sa naissance remonte au conflit entre Ouranos et Cronos.

Pourquoi Dioné n'a-t-elle presque aucun mythe ?

La forme de son nom fournit une piste, sans suffire à tout expliquer. Diốnê est construite sur Diós, le génitif de Zeus, et peut être comprise comme le pendant féminin du nom du dieu. Cette identité de parèdre éclaire probablement la minceur de son dossier narratif. À Dodone, elle possède néanmoins un culte bien attesté auprès de Zeus Naios ; en dehors de ce sanctuaire, son influence semble avoir été limitée tandis qu'Héra occupe généralement le rôle d'épouse de Zeus.

Dioné est-elle une Titanide ou une Océanide ?

Les deux listes sont antiques, mais leurs attestations conservées ne sont pas contemporaines. Hésiode, vers 700 av. J.-C., cite Dioné parmi les Océanides, filles d'Océan et de Téthys (Théogonie, v. 353). La Bibliothèque du Pseudo-Apollodore, généralement datée du début de l'époque impériale, la range parmi les Titanides filles d'Ouranos et de Gaïa (I, 1, 3). L'arbre de ce site retient cette seconde variante pour rester cohérent, sans la présenter comme la plus ancienne.