Mythologie égyptienne · Dieux & déesses
Bastet, déesse-chatte protectrice du foyer en Égypte ancienne
Bastet, déesse égyptienne à tête de chatte : protectrice du foyer et de la maternité, Œil de Râ apaisé, double doux de Sekhmet et grande dame de Bubastis.
Qui est Bastet ?
Bastet est la déesse égyptienne du foyer, de la maternité et de la protection domestique, popularisée sous la forme d’une chatte ou d’une femme à tête de chatte. Mais cette image tardive et rassurante masque une origine bien plus farouche : aux premières dynasties, Bastet était une lionne, gardienne redoutable du roi et du soleil. Son histoire est celle d’une transformation — de la fauve solaire à la chatte protectrice du seuil — qui résume à elle seule la souplesse de la pensée religieuse égyptienne.
Rôle, nature et domaines
Bastet gouverne tout ce qui touche à la maison et à la vie familiale : la protection du foyer, la fécondité, les grossesses heureuses, la santé des enfants. On l’invoque contre les maladies, les morsures de serpent et les esprits nocturnes. Comme fille de Râ, elle partage aussi les fonctions solaires de joie et de célébration : le sistre qu’elle tient, instrument sacré de la musique rituelle, la rattache au domaine de la danse et de la fête.
Le chat lui est consacré parce qu’il unit deux qualités que les Égyptiens admiraient : la douceur protectrice de la mère envers ses petits, et la férocité soudaine du prédateur qui tue serpents et rongeurs dans les greniers. Bastet est cette dualité domestiquée — tendre au foyer, dangereuse pour ce qui le menace.
De la lionne à la chatte : une déesse qui s’apaise
Dans les Textes des Pyramides (v. 2400 av. J.-C.), Bastet apparaît sous un jour féroce, associée à la lionne et invoquée comme protectrice agressive du pharaon. Elle est alors une déesse guerrière, proche de Sekhmet, avec laquelle elle forme un couple récurrent : la lionne de Haute-Égypte et la « lionne » de Basse-Égypte.
C’est à partir du Nouvel Empire, puis surtout à l’époque tardive (à partir du Ier millénaire av. J.-C.), que son iconographie glisse de la lionne vers le chat domestique. Ce n’est pas un abandon mais une spécialisation : quand Sekhmet fixe le pôle destructeur de l’Œil de Râ, Bastet en devient le pôle protecteur et pacifié. On la représente désormais en femme svelte à tête de chatte, un panier au bras et, souvent, une portée de chatons à ses pieds — image parfaite de la maternité vigilante.
L’Œil de Râ, entre fureur et douceur
Bastet est l’un des visages de l’Œil de Râ, cette puissance solaire féminine que le dieu envoie châtier ses ennemis. Le mythe de la Déesse lointaine raconte comment l’Œil, parti bouder ou se déchaîner loin de l’Égypte, doit être ramené et apaisé pour que l’ordre revienne. Dans ce cycle, la déesse furieuse — Sekhmet, Tefnout ou l’Œil sous sa forme léonine — s’adoucit en rentrant, et cette version apaisée est précisément Bastet. La même logique gouverne son lien avec Hathor, autre incarnation de l’Œil solaire tournée vers la joie et la musique.
Cette théologie de l’apaisement explique la place centrale des fêtes de Bastet : célébrer la déesse, l’enivrer de musique et de vin, c’est rejouer rituellement le retour de la puissance solaire dans sa forme bienveillante.
Bubastis : le sanctuaire et la grande fête
Le cœur du culte de Bastet est Bubastis (Per-Bastet, « la maison de Bastet », l’actuelle Tell Basta dans le Delta oriental). L’historien grec Hérodote, qui visita l’Égypte au Ve siècle av. J.-C., y consacre l’une de ses descriptions les plus vivantes : un temple bas entouré d’eau, planté d’arbres, et surtout une fête annuelle attirant, selon lui, des centaines de milliers de pèlerins venus par bateau, dans un déferlement de musique, de danse, de crécelles et de vin. Il la décrit comme l’une des plus grandes et des plus joyeuses fêtes d’Égypte.
C’est aussi à Bubastis et à Saqqarah que l’on a retrouvé d’immenses nécropoles de chats momifiés, offerts par milliers à la déesse. Le chat était son image vivante ; le momifier et le déposer dans son sanctuaire revenait à adresser à Bastet une prière que le temps ne pouvait effacer.
Culte, syncrétismes et postérité
Protectrice populaire par excellence, Bastet figure sur d’innombrables amulettes destinées à garder la maison, la mère et l’enfant. Elle est parfois donnée pour mère de Mahes, dieu-lion guerrier, ou associée à Nefertem. Les Grecs, reconnaissant en elle une déesse de la nature sauvage et de la protection féminine, l’identifièrent à Artémis, et rebaptisèrent sa ville Boubastis.
De toutes les divinités égyptiennes, Bastet est celle dont l’image a le mieux traversé les siècles : la vénération du chat dans l’Égypte ancienne, longtemps mal comprise, tient tout entière dans cette déesse qui fit du plus familier des animaux le gardien du foyer.
Ce que disent les sources antiques
Les Textes des Pyramides livrent les plus anciennes mentions de Bastet, sous sa forme léonine et protectrice du roi. Les Textes des Sarcophages et le Livre des Morts la citent parmi les divinités défensives. Mais la source la plus précieuse reste l’Enquête d’Hérodote (livre II), qui décrit le temple de Bubastis et sa fête avec un luxe de détails introuvable ailleurs. Les fouilles de Tell Basta et les nécropoles félines de Saqqarah complètent ce tableau en confirmant l’ampleur matérielle de son culte.
Lectures complémentaires
Pour le dieu solaire dont Bastet est la fille et l’Œil apaisé, lire la fiche de Râ. Pour la lionne dont elle est le double protecteur, consulter la fiche de Sekhmet. Pour l’autre grande déesse de la joie et de la musique associée à l’Œil de Râ, voir la fiche d’Hathor. Pour une vue d’ensemble du panthéon, parcourir le hub de la mythologie égyptienne.
Sources antiques
- Textes des Pyramides
- Textes des Sarcophages
- Livre des Morts
- Hérodote, Enquête, livre II
À lire aussi
Questions fréquentes
De quoi Bastet est-elle la déesse ?
Bastet est la déesse égyptienne du foyer, de la maternité, de la fécondité et de la protection domestique. Fille de Râ, elle veille sur les maisons, les femmes enceintes et les enfants, écarte les maladies et les mauvais esprits, et préside à la joie, à la musique et à la danse. Le chat, animal qui protégeait les greniers des serpents et des rongeurs, lui est consacré.
Quelle est la différence entre Bastet et Sekhmet ?
Les deux déesses sont deux visages de l'Œil de Râ. Sekhmet, la lionne de Memphis, incarne la fureur solaire déchaînée qui massacre les ennemis du dieu ; Bastet, la chatte de Bubastis, en est la version apaisée, protectrice et bienveillante. La théologie égyptienne les traite comme un couple complémentaire : la même puissance peut ravager sous les traits de Sekhmet ou protéger sous ceux de Bastet.
Pourquoi les Égyptiens momifiaient-ils des chats pour Bastet ?
À Bubastis et à Saqqarah, des centaines de milliers de chats momifiés ont été offerts à Bastet comme ex-voto. Le chat, image vivante de la déesse, servait d'intermédiaire entre le fidèle et la divinité : offrir un chat momifié, c'était adresser une prière durable à Bastet. Cette pratique massive, surtout à l'époque tardive, témoigne de l'immense popularité de son culte.